Isabelle Moreau : la Passion du net ?
Devant la déferlante qui a accompagné le buzz du « Pire CV vidéo du monde », j’ai tenu – en bon internaute 2.0 et accessoirement chargé de relations publiques – à réagir à travers une analyse dépassionnée et objective (mais pas trop quand même, car comme le dit l’adage : plus on est objectif, moins on est soi même).
Il paraît que tous les goûts sont dans la nature. Le web ne déroge pas à cette vérité au regard de l’engouement qui a récemment entouré les 6 mots suivants : « le pire CV vidéo du monde ».
Pour rappel des faits, le 21 août, Isabelle Moreau, spécialiste en communication, met en ligne un CV vidéo parodiant la chanson « Dominique » interprétée par Sœur Sourire dans les années 80. Depuis, les internautes ont choisi leur camp ; critiques et soutiens affluent de toutes parts.
Bien que le CV vidéo ne soit pas né avec la crise, ce dernier s’est clairement démocratisé au cours des derniers mois avec plus ou moins de succès. Cela avait d’ailleurs permis à Nicolas Catard de trouver un job (qu’il a depuis quitté) grâce à un CV « musical » qui ne jouissait pourtant pas d’une réalisation sans faille. Au même titre que celui d’Isabelle Moreau…
Alors pourquoi mettre le premier sur un piédestal et la seconde au pilori ?
Plusieurs éléments de réponse : Nicolas Catard bénéficiait au moment de la mise en ligne d’un capital sympathie supérieur à Isabelle, notamment grâce à la curiosité qui entourait cette démarche mais surtout à l’humour déployé par ce candidat peu ordinaire pour présenter un réel projet professionnel.
Par opposition, Isabelle amuse mais ne convainc pas. Reconnaissons toutefois à cette dernière, 47 ans, 20 ans d’expérience en communication, plusieurs qualités. L’ouverture d’esprit, la prise de risque et l’autodérision en font partie. Reconnaissons-lui également des défauts, l’amateurisme et la mauvaise foi en font partie.
Amateurisme, pas tant par la technique que par la gestion approximative de son buzz et par extension de son identité numérique. Certes, Isabelle a fait parler d’elle mais elle s’est également fait déposséder de tout droit sur les deux éléments cités.
Un retrait tardif de la vidéo n’y changera rien. Et puisqu’il fallait mettre un nom sur cette vidéo, Jean-François, en bon collègue communicant, s’en est chargé : « Le pire CV vidéo du monde« .
Il n’en fallait pas plus pour diviser une partie de la toile et susciter les réactions de la principale intéressée, tantôt « indignée », tantôt fanfaronne : »Merci pour le buzz le but est atteint! Qui est pris qui croy[ait] prendre… Merci de votre aide. ».
Comble de la mauvaise foi, Isabelle enfonce le clou sur lepost.fr et dans une émission de Morandini en avouant avoir tout planifié. L’infirme boitillant a donc tombé le masque pour révéler sa vraie identité. Le coup de bluff était osé mais bien trop gros pour être crédible. A défaut d’être érigée en Kaiser Sauzee du web, Isabelle a gagné ses galons d’Amandine du 38 du CV vidéo. Plus âgée, plus mature mais tout aussi maladroite.
Car tout comme Amandine, Isabelle semble se contenter de faire parler d’elle indépendamment de l’impact qu’a cette communication sur son image. Cet argument est également repris par ses défenseurs qui voient en l’audience l’indicateur suprême pour valider la qualité d’un buzz.
Nul doute que les services communication de Total, Buffalo Grill ou de la Société Générale ont certainement un avis différent sur la question.
Le mot « Karcher » dans la bouche de Nicolas Sarkozy n’aura jamais le même impact que « Chanel N°5″ dans la bouche de Marylin Monroe.
Puisque débat il y a, et qu’il ne peut être éludé, qui peut décemment affirmer que le fond de cette controverse est le titre et non la vidéo elle-même ?
Comment Isabelle Moreau peut-elle reprocher à Jean-François de lui avoir évité de voir son nom associé à cette vidéo ?
Jean-François a eu un tort : trouver un titre trop accrocheur. A bon entendeur, la prochaine fois, tu seras prié de titrer « un CV vidéo ni bon, ni mauvais ».
Mince. Guy Birenbaum, d’Europe 1, n’aura pas de quoi alimenter sa prochaine rubrique avec du sensationnalisme de supermarché : « Il titre carrément sa note -accrochez-vous- « le pire CV du monde ! » ». Un journaliste qui reproche à un internaute de verser dans l’excès pour capter l’intérêt du lecteur. A mi-chemin entre mauvaise foi (encore un ?) et démagogie.
Jean-François a identifié plus d’une dizaine de profils autour d’un buzz, en poussant la caricature, je n’en vois que quatre :
- - ceux en quête du bon rôle
- - ceux en quête du bon mot
- - ceux en quête du bon moment
Et celui en quête du bon article.
Nicolas Kerebel
Chargé de relations publiques